LA VIGNE

 

Les vignes sont présentes dans les documents historiques
Parmi les vins du Périgord, ceux du Pays de Domme et notamment ceux des coteaux du Céou jouissaient d'une excellente réputation. Ils étaient, dit-on, servis à la Cour du Roi.
Vers 1260, le comte de Toulouse percevait la vinée sur certains territoires dans la région de Domme, au Sud du fleuve Dordogne.
Les pestes et les guerres du XIV° et XV° siècles eurent pour conséquences de dépeupler le pays et de remplacer les espaces cultivés par le Saltus (forêt sauvage). Il fallut défricher et remettre en culture.

 

Repeuplement à la fin du XV° siècle.
"1ier Janvier 1456, Jean de Vielmont, seigneur-prieur de Bouzic, passe contrat avec un groupe d'auvergnat qui s"engagent à peupler 15 mas. Le prieur se réserve notamment une vigne de 40 journaux."

La vigne du XVI° au XVIII° siècle
Des vignes sont mentionnées du côté de Nadalie, dans la paroisse de Bouzic, en 1544. "Le 3 Mai 1545, Jean Creyssenssac vend à Gilles Felipart une vigne, à Vinhayrac joignant la vigne de Me Hugues Creyssenssac, prêtre, muraille entre deux. Il assigne en garantie une pièce de terre et cabane audit village." Gonet, Notaire
Au cours du XVII° siècle, un échantillon d'une centaine de contrats sur la vigne sont passés devant des notaires de Domme, Daglan, Bouzic ou Saint-Martial. C'est peut-être à Daglan, qu'en raison d'une plus grande abondance des sources, que nous trouvons un plus grand nombre de contrats.

 

Contrat de plantement et de complantement
C'est lorsque le possesseur du terrain est différent de celui ou ceux qui mettent en oeuvre la plantation. Dans un premier cas, le preneur est seulement rémunéré par une sorte de salaire. Une fois la plantation achevée, le bailleur reprend l'entière possession de la vigne plantée. Parfois, une partie de la rémunération est constituée par une part de la récolte.
"En Novembre 1677, Jean Cabanel, fils à feu François, du village de la Borie (Daglan) donne une terre à convertir en vigne à Jean Cluzel, tisserand, et à Peyrouton Lavergne, tous deux du bourg de Daglan, pour 18 livres."
Le contrat de complantement associe un bailleur de terrain et un planteur. Le planteur cultive la terrain à son profit, généralement pendant 4 ans, et perçoit une "récompense". Les revenus sont partagés par moitié la cinquième année et le preneur doit au bailleur une petite rente en nature. Ce contrat comporte une variante : le partage s'effectue la quatrième année. 
Au XVIII° siècle, on dénote environ 400 contrats dans le pays dommois.

Trop de plantations
A diverses reprises, les autorités publiques se sont inquiétées de la trop grande abondance des plantations de vignes. Le 5 Juin 1731, un arrêt du conseil du Roi est établi à Fontainebleau afin que la vigne ne soit pas plantée sur des terrains où l'on peut planter d'autres cultures. Pour pouvoir planter d'autres cultures ou complanter de la vigne, un expert venait vérifier le terrain pour donner l'autorisation. Il ne semble pas que les restrictions aient eu beaucoup d'effet en pays dommois. C'est à peine si l'on peut noter un léger recul du nombre de plantations nouvelles entre 1731 et 1750.

 

Les vendanges
Lorsqu'il y a contrat de complantement ou de faire-valoir à demi-fruits, les 2 parties participent, en général, conjointement à la vendange. Très certainement les coutumes d'entraide entre voisins, à charge de revanche, qui existent encore de nos jours, étaient en vigueur dans les siècles passés. L'autorité publique, seigneurs justiciers ou magistrats des villes, devait donner le signal du début de la récolte, ce que l'on appelle "le Ban des Vendanges".

 

La dîme des vendanges
La dîme est une contribution des personnes possédant des biens donnant des récoltes, dans une paroisse, à l'entretien du clergé paroissial et diocésain et à ses oeuvres (hôpitaux, éducation...). Alors que la rente seigneuriale est un impôt foncier proportionné aux surfaces, la dîme est proportionnée aux rendements. C'est au moment de la vendange que la dîme est perçue, parfois par le curé lui-même, souvent par un ou des fermiers de la dîme.

 

Vente du vin et commerce fluvial
Dans le pays, le vin se vend au détail : à pôt et à pinte. Il semble que le pôt vaille environ deux pintes et que, dan la région, la pinte corresponde à un peu plus d'un litre. La consommation locale est loin d'épuiser les quantités de vins produites. Il existe une vente dan d'autres provinces, voire dans des pays étrangers dont la voie principale est le commerce fluvial. 'ports de Domme et Castelnaud). Dans le commerce fluvial, plusieurs formules étaient utilisées : un producteur de vin peut confier une cargaison à un maître de bateau, un maître de bateau peut acheter du vin pour le revendre, etc... Certaines difficultés de ce commerce sont bien illustrées par le conflit qui opposa, en 1773, les communautés du Pays de Domme aux autorités municipales de Bordeaux. Les commerçants de Bordeaux voyaient d'un mauvais oeil les vins du haut pays (Périgord, Quercy, Agenais) se vendre dans leur ville ou transiter par elle. Le Conseil d'État donne tort aux autorités Bordelaises.

Le Phylloxera
C'est à partir de 1865, que le phylloxera vastatix fait son apparition en France, importé avec des plants américains. Ces insectes ont pour effet de s'attaquer aux racines en les faisant pourrir et se dessécher. C'est vers 1880-1890 que l'on a pu constater la destruction du vignoble français. "Un grand nombre de paysans, ruinés, des artisans ou des commerçants dont le sort était lié à la viticulture abandonnèrent la partie pour gagner les villes et centres industriels, voire même l'Amérique Latine."

On essaya bien sûr, d'éradiquer le mal et de reconstituer le vignoble en utilisant des porte-greffes américains, résistant à la maladie. Le Bergeracois réussit cette reconstruction. En Sarladais, plusieurs facteurs défavorables firent échouer ces tentatives, notamment la grande ponction en hommes opérée par la guerre 1914-1918. Dans les exploitations appauvries en bras, on ne put qu'essayer de subsister sans avoir les moyens d'entreprendre. Les coteaux du pays dommois sont encore parsemés de vieux ceps représentant un patrimoine disparu. Les générations passant, bien des traditions vigneronnes, des savoir-faire de cave se sont plus ou moins perdus.

Un renouveau ?
Depuis 1993, une association des Amis du Vin du Pays de Domme a entrepris de redonner vie à ce produit qui a fait dans le passé la réputation de la région. Plusieurs études et actions ont alors été menées : recensement des parcelles portant de la vigne ou des droits d'en planter, établissement de cahiers des charges en vue de la qualité, plantation d'une vigne pilote, extension des plantations. Aujourd'hui, quatre vins sortent des cuves du Chai de Moncalou : Le Florimont, Le Rosé, Le Tradition et Le Périgord Noir.